Le Japon regorge d’artistes et de designers méconnus du grand public, comme Hiroki Ogata et Yoshihiro Inoue, que nous avions précédemment rencontré. Lumière aujourd’hui sur Mieko Kawasaki, une jeune créatrice pleine de peps, qui révolutionne le bijou contemporain en matchant matériaux recyclés, formes géométriques et le No Gender !

Mieko Kawasaki : rencontre et interview

Vous le savez, nous nous battons pour mettre en avant les nombreux designers et artistes peu connus de la scène asiatique. Cela étant souvent dû au « fast fashion » et à la mondialisation (de nombreuses marques occidentales sont fortement implantées en Asie et sont ancrées dans les habitudes de consommation).

En mars dernier, lors de la Mercedes-Benz Tokyo Fashion Week, nous étions à la recherche de petits designers afin de porter et de présenter leurs créations aux nombreuses personnes qui seraient présentes à différents défilés, tel que celui de Jotaro Saito, auquel nous avons eu la chance d’assister.

Mieko KawasakiC’est alors que, par le biais d’Instagram, nous avons flashé sur le compte de Mieko Kawasaki et sur sa toute nouvelle collection de bijoux. Après l’avoir contacté, elle a tout de suite accepté de prêter une de ses créations à Emilie et nous a aussi accordé une interview autour d’un café !

Bonjour Mieko, pouvez-vous vous présenter, ainsi que votre parcours ?

J’ai étudié à Tokyo National University of Art et je me suis spécialisée dans le textile et dans le design du textile. J’ai appris à teindre les textiles moi-même, en me spécialisant dans la technique Yuzen, originaire de Kyoto et de Kanazawa.
Après mon diplôme, j’ai travaillé en tant que designer d’accessoires de mode pendant 6 ans pour un grossiste Japonais mais en août 2015, j’ai décidé de monter ma propre marque.
Je suis donc allée à New-York de septembre à décembre 2015 pour développer des collaborations (elle y est d’ailleurs retournée en mars 2016).

Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer des bijoux ?

J’adore la mode ! Quand je travaillais en entreprise, je voyais des designers asiatiques et je m’intéressais beaucoup aux bijoux contemporains. Mais je n’en trouvais pas au Japon, du moins pas comme je les aime.

Malheureusement, je remarquais aussi des problèmes dans la création dans le milieu de la mode, en particulier à cause de la qualité, de la quantité et des conditions de travail. Les fournisseurs étaient principalement chinois et beaucoup de lieux de productions ne permettent pas de travailler correctement. Par exemple, il n’y a pas d’air conditionné et les conditions de travail sont très dures et parfois des personnes en décèdent, malheureusement… C’est aussi à cause de cela que je suis partie de l’entreprise.
Il y a aussi le problème du marché de masse, de nombreuses grandes entreprises volent les créations des petits designers et la production se trouve dans les pays en développement.

En tant que créatrice, je souhaite faire quelque chose qui me satisfait. La mode change tellement rapidement qu’il faut pouvoir suivre et je veux avoir un mode de création qui impacte toute la chaine de production.
Mon projet consiste à utiliser des matériaux légers et délicats, tout en utilisant des produits recyclés tels que des morceaux de PVC et de cuir.
Plus tard, si je créé mon propre modèle d’entreprise, je veux impliquer toutes les parties prenantes.

Travaillez-vous seule ou également avec d’autres personnes ?

Je choisi les matières et je créé le design seule.

Où trouvez-vous votre inspiration ?

J’aime regarder des films, voir des expositions d’art. Je trouve beaucoup mon inspiration dans mes artistes et directeurs artistiques préférés comme Man Ray (Note de La vie du riz ^^ : cet homme est – seulement – un peintre, photographe et sculpteur avant-gardiste).
Un des films qui m’inspire beaucoup est Holy mountain, dont les costumes et les décors sont très géométriques.

Où pouvons-nous trouver vos bijoux au Japon ?

Je pense les vendre bientôt en ligne sur mon site web (en création). Il sera d’ailleurs traduit dans un premier temps en Anglais. On peut aussi les trouver à Brown Door dans le quartier de Shimokitazawa à Tokyo.

Quelle est votre clientèle ?

Pour l’instant principalement des artistes. Ils ont une personnalité qui leur est propre et aiment la création.

Avez-vous des projets futurs pour votre marque ?

Pour le moment, je me concentre sur la création de bijoux.
Je voudrais aussi coordonner la création de yukata avec mes bijoux, mais comme je veux teindre les tissus moi-même, j’ai besoin de temps et… d’espace.
Avant, c’était courant de porter des kimono et les yukata ; maintenant c’est devenu une tenue traditionnelle. J’aimerais utiliser d’anciens kimonos et les transformer, les rendre plus contemporains, No Gender.

Quelles sont vos passions ?

J’aime voyager, lire, sortir, aller en boîte de nuit, danser, la vie quoi ! (rires)

Si vous deviez décrire le Japon en 3 mots, lesquels seraient-ils ?

Pour moi, le Japon peut être présenté avec trois couleurs : noir, blanc et rouge. Tout est organisé, très conforme et tout le monde est pareil.
J’aime ces trois couleurs car elles se rapprochent de ce que je ressens sur le Japon.
C’est parfois monotone et ennuyeux mais d’un autre côté il peut y avoir du style et un grand impact si ces couleurs sont mélangées avec des motifs différents.

Qu’est-ce que vous aimez le plus à Tokyo?

La gentillesse des gens.

Pour finir, quel est votre rêve le plus fou ?

J’adorerais avoir mon propre château avec mes créations exposées dedans !

Quelques jours après l’interview, Mieko Kawasaki nous a invité à découvrir la totalité de sa collection lors une exposition privé avec DJ, qui avait lieu au « Bed & Art Project » ou BnA Hotel, un hôtel indépendant dans le quartier de Koenji à Tokyo, dont le concept repose sur des collaborations artistiques. D’ailleurs, après que le propriétaire nous a fait faire une visite, nous reviendrons certainement dessus dans un prochain article 😉
A la fin de la soirée, Emilie avait vraiment du mal à laisser son nouveau collier dans les mains de sa créatrice ^^ (« Rooh, je commençait tout juste à me l’approprier ! »)

Si comme nous, vous avez accroché au style avant-gardiste de Mieko Kawasaki, c’est peut-être une occasion d’oser la différence et d’échapper au mainstream. Cette designer pleine d’énergie a un avenir plein de couleurs devant elle !


Pour voir plus de créations : www.instagram.com/hoolicat_miepon/

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