Suzhou n’est qu’à environ 30 minutes de Shanghai en train. Celui que nous prenons nous rappelle d’ailleurs ceux du Japon avec leur forme allongée.

Suzhou
Trains en partance de Shanghai

Bien plus petit que Shanghai (10,5 millions d’habitants contre 23,9 millions à Shanghai), il y a quand même un métro avec deux lignes qui desservent la ville du Nord au Sud et d’Est en Ouest. Centre urbain et industriel, Suzhou est également la capitale de la soie et le berceau de la culture Wu. Il y a beaucoup de canaux, si bien que la ville est surnommée la « Venise de l’Est ». Il est d’ailleurs possible de faire un tour de la ville en bateau.

Instant histoire : en tant que centre de la région Wu, Suzhou était appelé « la perle scintillante » de la région du Jiangnan (à côté de Shanghai). Les premières traces de civilisation dans le delta du fleuve Yangze remontent à 10.000 ans auparavant, avec la découverte de l’Homme Préhistorique Sanshandao (un jeunot comparé au squelette de Lucy, trouvé en Ethiopie et datant d’il y a 3,2 million d’années). Suzhou fut la capitale du royaume Wu il y a 2500 ans, en 514 avant J.C. et devint ainsi un centre culturel et commercial important. La ville est très appréciée par les Chinois, parfois surnommée « le Paradis sur Terre », ou « l’Etat des Reliques Culturelles ». Sa position géographique centrale, ses systèmes de rivières et de canaux bien développées, ses terres agricoles fertiles et sa vie sous-marine abondante ont permis à Suzhou de devenir un centre culturel, politique et économique de la région qui s’est développée dans une tradition unique et artistique.

Nous rejoignons l’appartement de nos hôtes à tâtons, le quartier est en pleins travaux mais à côté du lac Jinji (un gigantesque lac, mais totalement artificiel) !

Suzhou
Lac Jinji

A peine arrivés, nous repartons cette fois en taxi pour manger en centre-ville et commencer nos visites. Nous n’avons aucune difficulté pour trouver un petit restaurant de nouilles. Après quelques vérifications sur le contenu du plat en Chinois (ici pas question de parler Anglais …) avec le serveur, nous nous régalons !

Nous nous dirigeons ensuite vers la seule rue commerciale, il y a un petit centre commercial, quelques grandes boutiques mais ce qui nous surprend le plus c’est la présence de Mark&Spencer. La rue est très animée et nous n’échappons pas aux pratiques chinoises pour attirer les clients ; la musique est forte, les vendeurs crient les dernières opérations commerciales en cours, tapent dans leurs mains et il y a même une bijouterie où les vendeurs tapent sur les bijoux avec un marteau au rythme d’une musique techno…

Marto’tech

Jardin de la forêt du lion

Le prix de l’entrée nous laisse perplexe car c’est autant que pour la Cité Interdite (40元/personne) et la visite du jardin dure 2h, voire moins si l’on est pas adepte des plantes.
Le pavillon des invités : sur le toit, on peut voir trois petites sculptures représentant les personnages de « la Fortune, le Salaire et la Longévité » et signifiant « les trois étoiles brillant haut dans le ciel ». Dans le pavillon, le mobilier est à la mode des résidences du sud de la province du Jiangsu pendant la dynastie Qing.
Le jardin est constitué de plusieurs petites cours avec des pavillons pour recevoir des invités ou se relaxer et d’une grande cour avec en son centre, un petit étang traversé par des petits ponts et un labyrinthe de pierres.
C’est assez amusant, on se prête facilement au jeu, il n’y a pas de mauvais chemin mais plutôt différentes directions qui nous emmènent dans des endroits un peu plus isolés.
Certains pavillons sont dédiés à des arbres fruitiers ou à fleur (cerisier, prunier …)

Il y a beaucoup de touristes, principalement des Chinois qui s’amusent et prennent des photos de tout (et n’importe quoi comme des touffes d’herbe O_o) et des selfies avec leur perche. Nous croisons aussi des étudiants en art dessinant calmement des parties du jardin. Quant à nous, nous nous amusons à prendre les gens en photo ou nous-même !

Soirée avec les hôtes couchsurfing, un exemple de reconversion !

Après quelques difficultés pour trouver un taxi (nous avons même failli nous énerver avec une chauffeuse qui ne comprenait pas où nous voulions aller, osant même nous dire « vous parlez Chinois ou pas?! », tout est histoire de self-control…), nous retrouvons nos hôtes australiens John et Karryn qui nous accueillent avec pizzas, gin et rhum australien (Bundaberg original, on recommande 😉)!

John et Karryn sont venus s’installer à Suzhou il y a 9 ans, suite à une reconversion professionnelle. Lui était policier et elle infirmière et sont tous deux devenus professeurs dans une école de Suzhou. Ils nous disent qu’ils ne regrettent absolument pas ce choix, la vie est moins chère qu’en Australie, l’école leur procure quelques avantages et ils peuvent voyager facilement ! Ils nous montrent d’ailleurs les souvenirs qu’ils ont glanés au fur et à mesure. John nous raconte même avoir rejoint l’Angleterre depuis l’Australie à pied en 4 ans : un périple long et parfois compliqué mais il n’a jamais dormi dehors grâce à la générosité des gens ! Le retour ne lui a pris que 2 ans car il connaissait le chemin du retour 😊. Pour vivre au quotidien, il faisait beaucoup de stop et trouvait quelques petits boulots. Respect !

Pour eux, Suzhou est la ville idéale car elle est proche de Shanghai, mais plus petite et moins stressante. Il y a énormément d’entreprises étrangères qui viennent y installer des bureau, d’où les nombreux travaux qui s’y déroulent en ce moment.

Nous avons vraiment passé une super soirée ! Partageant nos expériences, nos voyages, nos souvenirs… La fin de la soirée se termine dans un lit ultra-moelleux, totalement l’inverse des matelas chinois ultra-dur !

Suzhou
Hôtes couchsurfing

Musée de Suzhou

Le musée de la soie étant en travaux, nous allons au musée de Suzhou. L’entrée est gratuite et la visite dure environ 1h si on ne lit pas toutes les informations.
Le sous-sol comprend une exposition sur une des plus grandes minorités ethniques de la Chine, les Zhuang. Aux autres étages, il y a différentes pièces sur différentes périodes de l’Histoire chinoise, l’une d’entre elle expose des poteries et du jade datant du néolithique (de 10 000 avant J.C., voire même avant, jusqu’au 3è siècle avant J.C. environ). D’autres présentent des aspects de la culture chinoise comme la calligraphie, la porcelaine, le travail des pierres précieuses ou non (jade, ivoire, émeraude, etc.), etc. Certaines pièces appartenaient même à des familles de nobles comme la famille CAO et Wang. Enfin, une pièce est consacrée aux reliques de la pagode Rui Guang, construit pendant la période des Trois Royaumes, en 241 après J.C. par l’Empereur SunQuan du Royaume Wu pour le maître moine Xinkang du Royaume de Kangju. Ce temple est l’un des plus connus des temples bouddhistes de Suzhou. Composé initialement de 13 étages octogonaux, le temple fut plus tard restauré pendant la période des Cinq Dynasties en 937, ne laissant plus que 7 étages octogonaux.

Pour les intéressés, (gros) instant culture : sculptures, tissus et érudits

  • le bambou, le bois, l’ivoire, la corne et parfois même certaines coquilles de fruit étaient souvent utilisés par les lettrés pour des objets fonctionnels et amusants. Ces accessoires et pièces de collection pouvaient être un porte-balais, des balais, de la vaisselle et des objets de décoration. Bien que ces matériaux aient été utilisés en Chine depuis l’antiquité, comme des éléments purement fonctionnels, leur utilisation dans l’art décoratif a gagné en notoriété pendant la Dynastie Ming. Pendant les Dynasties Ming et Qing, les meilleurs artisans étaient concentrés au plus proche de matières, dans le Jiangnan, au Sud de la Chine, où il y avait (est-ce toujours le cas aujourd’hui ?) des forêts mais aussi un commerce important avec l’Afrique, fournisseur principal d’ivoire et de corne de rhinocéros ;
  • A la période du néolithique, le jade était déjà travaillé. Trois cultures majeures se sont succédées à partir de l’année 5200 jusqu’en 2200 avant J.C. et celles-ci taillaient déjà le jade avec un couteau et du sable. Cette pierre est adorée par les Chinois depuis l’antiquité et était considérée comme « pierre d’immortalité » par les Taoïstes (un des trois piliers de la pensée chinoise avec le confucianisme et le bouddhisme) et comme « la plus noble des matières » par Confucius. Tous les lettrés s’accordaient à dire que c’était une matière difficile à travailler et que la qualité du travail nécessitait des années de dévouement pour acquérir les compétences techniques nécessaires. Le centre de la sculpture de jade se situait à Suzhou et pendant la Dynastie Ming, le plus célèbre maître était LuZigang. Celui-ci était tellement admiré et reconnu, qu’il signait ses créations, une pratique peu commune à cette époque !
  • Depuis les dynasties Song et Yuan, la région du Jiangnan a été un centre majeur de production de la soie en Chine. Pendant les périodes Ming et Qing, on disait que les capacités de production de la région auraient pu vêtir la nation entière ! A l’époque, les meilleures manufactures étaient situées à Jiangning, Suzhou et Hangzhou. Les manufactures de Suzhou fabriquaient des vêtements raffinés au goût des exigences de la cour. Ils appliquaient la qualité de leur travail, leurs connaissances des goûts et des dernières tendances aux tapisseries, broderies faites pour les consommateurs. Par la suite, Suzhou est devenu une ville lanceuse de mode pour le reste de la Chine, créant ainsi une « Norme de Suzhou » autant dans le style que dans la qualité qui était non seulement demandée mais aussi imitée.
  • On découvre également le bureau d’étude d’un érudit pendant la Dynastie Ming. Cette pièce permettait aux lettrés de se libérer de toute distraction, d’exposer pleinement son art, d’utiliser son sens de l’élégance et de s’adonner à sa passion pour les choses les plus raffinés et les plus simples. La décoration était d’une importance capitale : organisé et considérée minutieusement, tout devant refléter le sens esthétique aigu du lettré. Le choix crucial des éléments va de l’agencement du bâtiment, la disposition des jardin, au choix des meubles, en passant par les fruits et les légumes, les aromates, le thé, les vêtements et même le type de transport ! Tout a une fonction et un emplacement précis (de quoi ravir les maniaques de l’organisation…)

Sur le chemin de la gare, nous profitons d’un joli coucher de soleil sur la rivière (préférez prendre le taxi pour y aller, c’est beaucoup plus court…). Le retour à Shanghai s’est passé sans encombre, nous en avons même profité pour pratiquer quelques petits étirements préconisés dans le train !

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