Nous avons découvert l’atelier Okame Kōbō un peu par hasard, lors d’une promenade dans le quartier de Nakai, un des quartiers tranquilles de Tokyo. À travers la fenêtre de l’atelier, nous pouvions voir 2 femmes travailler consciencieusement sur un tissu avec des petits pinceaux. Sans aucune idée de ce que ces deux artistes peignaient, nous avons gardé ce lieu dans un coin de notre tête. Plus tard, au Some no Komichi, festival de teinture dont nous vous avons déjà parlé, nous avons eu le fin mot de l’histoire !

C’est en fait, un atelier de teinture Bingata, un des 5 arts traditionnel d’Okinawa !

L’origine de la teinture Bingata en quelques mots

Il existe donc 5 arts traditionnels à Okinawa : la poterie de Tsuboya, le tissage de Shuri, la laque, la verrerie des Ryukyu et la teinture Bingata.
Quelle surprise donc de trouver à Nakai, un atelier de teinture Bingata ! Mais pas illogique puisque Nakai est un des quartiers abritant le plus d’artistes teinturiers.

Un peu de culture !
Le Bingata est une forme d’art originaire d’Okinawa, quand l’archipel était encore le Royaume de Ryuku (de 1429 à 1879). Comme le royaume lui-même était au cœur des affaires politiques, diplomatiques et commerciales entre la Chine, le Japon et d’autres pays d’Asie du Sud-Est (un remake de Game of Thrones made in Asia), le Bingata a évolué sous l’influence de ces différentes cultures.

Le nom Bingata est un dérivé d’une méthode de teinture réalisée grâce à la découpe manuelle de motifs sur papier ou réalisés à main levée. Traditionnellement, le Bingata est dessiné à partir de paysages magnifiques que vous pouvez uniquement voir sur les différentes îles d’Okinawa comme l’île Zamami.

Kayoko Yamamoto, maître en teinture Bingata à Tokyo

Revenons sur la mégalopole de Tokyo et focus sur Nakai. À mi-chemin entre le musée de Futaba-en dédié à la teinture, vous trouvez l’atelier de Kayoko Yamamoto, amicalement appelée Kayoko-san, maître en teinture Bingata. Kayoko-san est une femme élégante et qui aime beaucoup la France. Elle y a voyagé 3 semaines et vous cite avec nostalgie, les villes de Paris, Lyon, Avignon, Carcassonne, Bordeaux et La Rochelle. Elle a déjà participé à des expositions aux Etats-Unis, en Italie et en Corée du Sud et d’ailleurs, un de ses rêves est d’ailleurs d’exposer ses teintures pour une galerie ou un musée en France (si vous connaissez quelqu’un qui connaît quelqu’un qui est en charge d’une galerie d’art, vous savez quoi faire 😉).
Mais si ses créations ne vont pas au pays du camembert coulant, ce sont des étudiants français de Paul Smith (oui oui, le styliste anglais très connu pour ses tissus au rayures plein de couleurs !) qui viennent à elle pour une leçon de teinture Bingata. Depuis 20 ans, elle enseigne aussi la teinture Bingata deux fois par mois dans une école de la préfecture d’Ibaraki, à Oshikou city.
Avec ses 30 ans d’expérience (impossible d’ailleurs, de lui donner un âge ni de connaître son signe chinois. Pourquoi ? Parce que cela reviendrait au même et c’est mal poli de demander l’âge d’une dame, bande de rustres 😉), Kayoko-san est spécialisée dans les Kakejuku, des décorations murales de 2 mètres de haut et les Byoubu, des paravents décoratifs. Si un client passe commande, elle réalise aussi des teintures pour kimono, obi, ou d’autres accessoires comme un noren, une ombrelle, un sac à main, ou un uchiwa (un éventail japonais).

Défilé Okame Kobo Bingara Tokyo
Défilé Okame Kobo Bingara Tokyo

L’exercice n’a rien d’un coloriage et les techniques sont aussi précises et réglées que du papier à musique. Par exemple, peindre un obi peut prendre 1 mois et un kimono 2 mois tellement la tâche est délicate. Et si le rendu ne plaît pas à Kayoko-san, elle n’hésite pas à recommencer à zéro. Eh oui, on ne badine pas avec les pinceaux ! C’est en cela qu’elle est un professeur exceptionnel :

Leçon d‘art traditionnel japonais, à vos pinceaux !

Prendre une leçon de Bingata, c’est l’équivalent d’une séance de méditation. On en ressort détendus !

Pendant un après-midi, de 13h à 18h (en fonction du motif que vous avez choisi), réalisez une teinture sous l’œil expert et patient de Kayoko-san. Vous apprenez à créer des otsuye, des motifs traditionnels d’Okinawa sur tissus que vous emportez ensuite en souvenir de votre passage au Japon. La leçon coûte 6000¥ par personne et inclus un thé vert japonais et un gâteau traditionnel, en plus de votre œuvre.

Teinture Bingata Tokyo

La leçon commence par les explications de Kayoko-san sur les rudiments du Bingata, les techniques et motifs traditionnels et les différents pigments utilisés selon le motif. Lequel allez-vous choisir ? Un daruma, une figurine à vœux ? Un nari, une balle avec laquelle les enfants avaient l’habitude de jouer (avant la TV et Pokemon) ? Des montagnes fleuries ? Choix délicat, on sait.
Au préalable, le maître a préparé la soie de haute qualité, tissu sur lequel elle a appliqué une mixture de soja sur du papier japonais, le washi. C’est ce jus de soja qui va fixer les pigments sur la soie. Dit comme ça, ça fait jus de chaussette, mais on vous assure que ça n’est pas le cas 😉.

La musique émise par la radio, la discussion de Kayoko-san et les réalisations colorées parsemées dans la pièce vous plongent petit à petit dans son univers. C’est ça qui rend l’expérience unique et authentique ! La récompense à votre patience vient au bout de quelques heures, quand votre œuvre prend vie.

Teinture Bingata Tokyo

Il ne restera que quelques étapes minimes comme le séchage à plat pendant quelques jours, le rinçage du tissu pour enlever le jus de soja, le dernier séchage final et voilà (à prononcer avec un accent théâtral), vous n’avez plus qu’à encadrer votre première teinture Bingata !

Comment aller à l’atelier Okame Kōbō ?

Depuis Shinjuku, le plus simple est de prendre la ligne Seibu-Shinjuku et de vous arrêter à la station Nakai. En sortant, prenez la rue principale sur la gauche, traversez les rails et prenez la première à droite. Le nouvel atelier est situé à 3 minutes à pied, non loin de restaurant de teppanyaki. Si l’atelier est ouvert, un noren finement teinté, sera accroché au-dessus de la porte.

Nouvel atelier car avant il était sur les bords du canal, juste à côté d’une boutique en bois vendant des accessoires de kimono d’occasion. Mais la petite surface devenait vite encombrée et il fallait un atelier plus grand. Nous espérons que l’atelier Okame Kōbō a gardé son  style retro et artistique qui nous plaisait tant !

Teinture Bingata Tokyo

Voici donc la nouvelle adresse (depuis juillet 2017) : Okame Kōbō Studio, 1-17-12 Nakaochiai, Shinjuku Tokyo 161-0034
Par ici pour son Facebook.
Mail : lesson@okamekobo.jp

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