Impossible de parler du Japon sans parler mode. Non, nous ne parlons pas des lolita ou des rockabillies, mais des kimonos, costumes traditionnels ancestraux. Tout de suite, ça a plus de classe, non ?

Vous en avez forcément entendu parler et peut-être même sûrement porté. Des Rouges à fleurs de sakura roses bonbons, des jaunes pâles aux motifs fleuris, des gris géométriques, un vrai défilé de mode !

Mais connaissez-vous l’histoire derrière ces motifs ?

C’est le moment de vous emmener au festival Some no Komichi, à Nakai, quartier des artistes spécialisés dans la teinture sur tissus à Tokyo. Ce festival met en avant l’art de la teinture sur les tissus de kimono, obi et noren.
Avant ça et pour comprendre l’industrie de la teinture, il faut remonter dans le temps, à l’époque Edo (1600-1868). Allez Marty, monte, on va faire un bond dans le passé !

Tokyo, un des trois principaux centres de kimono au Japon

Imaginez-vous. A cette période au Japon, vous ne portiez pas encore le jean mais le kimono et pas qu’une seule sorte. Avec des manches de différentes longueurs, une ou plusieurs couches, pour des occasions solennelles ou festives, c’était un habit de tous les jours. Pas du tout industrialisé, ils étaient teints et cousus à la main.

Zoomez sur Edo (l’ancien nom de Tokyo, à l’époque). Là, le long des rivières Kanda et Sumida (maintenant dans les arrondissements de Kanda et Sumida). Stop, dézoomez un peu, là on y est ! Vous voyez ces personnes rassemblées aux bords de ces rivières ? Ce sont des teinturiers. Ce sont eux les peintres sur tissu et à l’époque, les teinturiers de Kanda produisaient les derniers kimono à la mode.
En France, c’étaient de tout autres costumes mais on vous laisse regarder sur wikipedia les costumes en 1600 environ et ceux vers 1860, c’est plus parlant. Ne pouffez pas de rire, la France avait ses élégances et comme on dit, autre temps pays, autre mœurs 😊

Remontez dans la Delorean et survolez l’époque Meiji, quand le Japon commence à se moderniser. Vous y êtes ? A présent, regardez Tokyo (le nom Edo est devenu Tokyo à la fin du Shogunat Tokugawa en 1868). Sa croissance force les teinturiers à s’éloigner de la ville, en amont de la rivière Kanda. Les grands ateliers de Yukata, de fabrication de soie Edo-komon, de tissus Sarasa utilisés pour la fabrication des kimono et enfin la plupart des négociants liés au kimono se sont relocalisés le long de la rivière Kanda à Shinjuku, devenu un centre national de teinture de tissus. C’est la ruée vers l’Ouest, sans les mines d’or.

Maintenant direction Tokyo, pendant la Seconde Guerre Mondiale. Des villes du Japon se font bombarder et beaucoup de kimonos brûlent avec les maisons. Fin de la guerre, les habitants reconstruisent les quartiers et la vie reprend son court. Il y a alors une grosse demande pour remplacer ces kimonos brûlés. Tokyo devient alors, un des 3 principaux centres de fabrication de kimono du Japon, avec Kyoto et Kanazawa. Chacun son style. A Kanazawa et Kyoto, les kimonos gardent des motifs traditionnels alors que ceux de Tokyo sont populaires pour leurs designs chics et modernes.
Oui ? Vous aussi vous avez remarqué ? Cela reflète les caractères des 3 villes ! Tradition pour Kyoto et Kanazawa, modernité pour Tokyo. Plus tard, l’industrie de la teinture de Tokyo fut officiellement désignée comme Industrie Artisanale Traditionnelle, une récompense après des siècles de labeurs.

Vous suivez toujours ? On fait un break ? Allez on enchaîne !

Nakai, centre artisanal de la teinture à Tokyo

Some-no-Komichi Nakai City
Une rivière haute en couleurs <3

Survolez maintenant l’espace-temps au-dessus des années 1950-60.
Après la guerre donc, beaucoup d’ateliers de teinture se sont installés à Nakai, dans l’arrondissement de Shinjuku et perpétuent aujourd’hui la tradition. Jusque dans les années 1950, vous pouviez voir quotidiennement les artisans laver les tissus tout juste teintés (à sortir pour briller en société : « on appelle ça le « Mizumoto »). Plus de 300 ateliers de teinture étaient situés sur les bords de la rivière Kanda et Myoshoji.

« 300 ?! Ca en fait de la concurrence, dites donc ! » On vous a dit que beaucoup de kimonos avaient brûlé pendant la guerre, faut suivre mon petit chat 😄

Aujourd’hui donc, autour de Ochiai et de Nakai près de Shinjuku, des artisans et créateurs ont hérité du savoir-faire de leurs ancêtres et perpétuent la tradition tout en développant de nouvelles techniques de teinture. En quelque sorte, « allier le traditionnel au moderne ». Jusque dans les années 1960, les artisans nettoyaient les tissus teintés dans la rivière (bien différente alors, moins domptée et plus propre), puis les tendaient au-dessus d’elle pour les sécher.

Festival Some no Komichi à Nakai, Tokyo

Some-no-Komichi tissus
#ColorsPower

Reprenez la Dolorean et retour vers le présent. Qu’en est-il de la teinture à Nakai ?

Il y a toujours des artisans et chaque année, pendant 3 jours le dernier week-end de février, c’est le festival de la teinture à Nakai (à 5min en train depuis Takadanobaba), le Some no Komichi. Pendant 3 jours, des bandes de 14 mètres de tissus teintés sont tendues au-dessus de la rivière Myoshoji.

L’art de la teinture et de la sérigraphie y sont à l’honneur. A Nakai, tout le long de la rivière, 50 à 60 longs morceaux de tissu de kimono sont tendus sur des fils au-dessus de la « Rivière Galerie » où sont exposés les œuvres d’art. Tout le quartier est aux couleurs du festival.

Some-no-Komichi Noren
Il est pas beau mon noren ?!

Les boutiques arborent des norens spécialement conçus par des artistes pour l’occasion. Noren ? Nan desu ka. (on traduit : « qu’est-ce que c’est ? », ne prononcez pas le « u » et utilisez-le donc pour un prochain trip au Japon) C’est un court rideau teint que vous voyez souvent suspendu devant l’entrée des restaurants, onsen, sento et magasins vendant des produits traditionnels. Aaaah wakarimashita! Aligato gosaimaaaasu! (Allez pour cette trad, regardez sur l’application Imiwa 😉)
Apprenez-en plus à travers cet article BD 100% kawaii et instructif de Joranne Bagoule sur le fameux rideau japonais.

On s’amuse un peu ? C’est parti ! Repérez les bénévoles avec une veste noire et ces caractères écrits au dos 染の小道 (rooh faites pas les chipoteurs) et prenez le plan qu’ils distribuent, dessus il y a la liste des noren. Ils (les bénévoles) sont faciles à trouver, ils sont situés à la sortie de la station de train et de métro et sur le pont principal. Mais pourquoi utiliser un plan en Japonais ? Pour le jeu de piste pardi ! Quel meilleur moyen pour découvrir le quartier, que de suivre les numéros correspondant à tous les noren ! Profitez-en pour faire des repérages et découvrir les secrets de Nakai city.

Un peu de calme maintenant. Posez vous à une rambarde le long de la rivière, ou sur un pont, et observez les tissus. Silence, ici on profite de l’instant et on apprécie les teintures qui volent au gré du vent. Des « oooh kirei! – Ah so so so » ponctuent votre rêverie. C’est vrai que c’est beau. Votre regard glisse sur un Japonais portant fièrement le kimono puis sur une Japonaise marchant à petit pas. Elle aussi porte un kimono, mais plus serré au bas, elle ne peut pas faire de grand pas.

Vous vous ennuyez… Allons,

« Le plus grand ennui c’est d’exister sans vivre. » Victor HugoClick to Tweet

Assez rêvé, place à la créativité ! Deux options : soit un petit atelier teinture à l’école primaire, soit une visite du musée Some-no-Sato Futaba-en, où l’art de la teinture est toujours pratiqué. Déambulez dans une atmosphère paisible et drapée. Zen, restons zen !

Some-no-Komichi Atelier
Essayez-vous à l’art de la teinture au musée Futaba-en !

En échange de quelques Yen, réalisez votre propre petite teinture. La technique, une superposition de pochoirs, est précise et à la portée de tous ; même si vous ne parlez pas Japonais, la mimique et la gestuelle parlent d’elles-mêmes. Mont Fuji, motifs graphiques, monochromes ou colorés, chacun son souvenir d’une expérience ludique, authentique et apaisante à la manière des maîtres teinturiers. Une dernière couche de teinture, on n’appuie pas trop et… Tadaaa ! Vous voilà apprentis teinturier, niveau 1.

Rendez-vous ensuite au défilé de kimono situé dans un autre lieu (le mieux c’est de regarder sur la carte fournit par les bénévoles) et get ready for the next battle level !

C’est tout un art de créer les motifs d’un kimono et on ne s’improvise pas maître au premier coup de pinceau. L’artiste Kayoko-san de l’atelier Okame Koubou est passée maître dans la technique du Bingata qui vient d’Okinawa. Mais allez donc voir ses œuvres au défilé ou bien rendez-vous à son atelier à Nakai, proche du Some-no-Sato Futaba-en. Il est facilement reconnaissable au noren devant sa boutique et c’est un plaisir de détailler tous les motifs colorés !

Vivez le Some no Komichi en vidéo

Installez le home cinéma et prenez du popcorn, vous nous en direz des nouvelles. Non plus sérieusement, mettez-vous à l’aise, montez un peu le son et découvrez ce festival coloré !

Le festival Some no Komichi vous a plus ? C’est un de nos festivals japonais préférés ! Toutes ces couleurs, cette ambiance particulière autour des œuvres d’art, on se sent comme dans une bulle. Magie pure. C’est tout un art ancestral qui se transmet de génération en génération.

Et vous ? Quel est votre festival japonais préféré ?

Sources :
www.somenokomichi.com
www.futaba-en.jp

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